Encore un beau récit d'accouchement que je me devais de vous faire partager

Lundi 12/10/09
Je perds du bouchon muqueux, encore… Les contractions s’installent doucement, les douleurs de règles aussi. Je n’arrive plus à manger assise. Je suis à environ 20 jours du terme, donc je sais que ça peut durer longtemps… Du coup j’en profite pour faire du grand ménage au cas où. Le soir, ça s’intensifie. Et je perds un truc liquide à la fin de chaque contraction. Le liquide amniotique ? Je décide d’appeler le médecin, il passera près le boulot, vers 20h30. « Est-ce que tu veux que je regarde le col ? », je lui réponds que oui, qu’avec l’excitation j’ai peur de mal interpréter… Il s’est antériorisé mais pas complètement, ouvert à 3-4 et un peu effacé… Cool !!! Je vais bientôt rencontrer mon bébé ! Le doc rentre chez lui pour manger et préparer son sac au cas où. Il nous dit qu’il laissera son portable sur la table de nuit et qu’on n’hésite pas à l’appeler. Ok. Il ne reste plus qu’à attendre les contractions plus fortes, celles qui me rapprocheront de mon bébé. On appelle la SF pour la prévenir, mais inutile de se déplacer, on la tiendra au courant (elle a plus d’une heure de route). On appelle la baby-sitter, répondeur. On comprendra plus tard qu’elle ne savait pas qu’un accouchement ne se prépare pas forcément la veille !!!
Minuit. Les contractions sont toujours gérables (bien trop à mon goût), mais régulières et rapprochées… est-ce l’effet AAD ? On appelle à nouveau le docteur (X). Je lui demande de passer… surtout pour voir si comme je le ressens, ça n’agit pas, ce qui nous permettrait à tous de tenter de nous coucher. Il arrive. C’est bien ça, ça n’avance pas… A la télé il y a Dr House. On est tous les trois couchés dans le lit (pas de lit dans la salle d’accouchement, on a dormi sur le canapé-lit ces derniers jours), à rire de la situation surréaliste que nous sommes en train de vivre… Qui a déjà passé la soirée avec son doc devant la télé à attendre les contractions ?
On envoie un sms à la SF (F) pour lui dire de dormir sur ses deux oreilles.
A la fin de l’épisode il part, ce ne sera pas pour cette nuit. Je tente de dormir. A partir de cette date, les contractions ne me quittèrent plus.

Mardi 13/10/09
J’ai mal dormi. Je reste allongée jusqu’à midi, les garçons sont à la crèche et au boulot. J’ai peur d’accoucher fatiguée comme mon premier (30heures de contractions). J’appelle la SF pour la tenir au courant. La veille, elle n’avait pas reçu mon sms qui disait « fausse alerte », et elle a passé la nuit à attendre !!! Du coup je décide d’annuler mon rendez-vous osthéo de l’après-midi pour aller la voir… ; si j’arrive à gérer les contractions !!! Les pertes de liquides se sont arrêtées, ça devait être une fissure d’après X.
15h30. Mon mari (C) décide de rentrer pour m’emmener chez la F, la SF. Après une heure de route, elle me dit que les contractions sont quand-même intenses, que les « endorphines de l’AAD » font bien leur travail. Le col travaille aussi de son côté, mais les deux ne travaillent pas ensemble… Elle me donne des points de médecine chinoise pour faire que els contractions soient efficaces. On met deux heures à rentrer à cause des bouchons. Ces mêmes bouchons que je me paye quand je bosse. Je suis nostalgique et pleine d’émotions. Et si je voyais un collègue? Et si mon bébé arrivait là, dans la voiture ? Ouf, on arrive et rien. Dans ma tête, je me persuade que ce sera long. Je dis à mon entourage de ne rien espérer avant le week-end. Je ne veux pas les décevoir. Je ne veux pas me décevoir. C’est à bébé de décider.
La nuit qui suit est terrible. Mon grand, B, ne veut dormir que dans mes bras. J’essaie de ne pas y voir de signe. Il avait vu avant moi ma grossesse, et s’il voyait avant moi mon accouchement proche ? On dort très mal… Deux heures tout au plus, de 5h à 7h, car il tombe d’épuisement.




Mercredi 14/10/09
B part pour la crèche, épuisé. Je lui dis que je le laisse la journée pour me reposer de cette nuit. X ne bosse pas le mercredi et la baby-sitter n’est pas là non plus, je le sens mieux de me reposer aujourd’hui pour être sûre de ne pas accoucher avant demain.
Le matin je fais un peu de ménage. C’est fou comme la poussière s’accumule. F, la SF, m’appelle. Je lui dis que je suis zen, que dans ma tête je suis prête à attendre malgré les contractions, malgré les douleurs de règles. Après le repas, j’appelle X, le doc, pour lui dire que tout va bien, qu’il peut aller au foot et que je passerai le voir le lendemain. Je fais une petite sieste. Je teste les points de médecine chinoise. Ca m’amuse. Tu appuies deux secondes et paf tu as une pire contraction. Top !!!
Vers 15h, je me réveille. J’ai mal. Ca vient. J’entends mon bébé qui me dit qu’il arrive. J’en suis sûre, mais je veux cette fois le garder pour moi. Je veux me balader mais pas trop loin. Le travail dure donc j’ai peur que bébé arrive dans la forêt !!! (Ma SF est celle qui a fait l’accouchement dans la forêt qui est passé chez Delarue). Je fais au moins 25 tours de maisons. Je ne me suis pas trompée. Bébé va bien arriver. Ma respiration n’est plus la même, l’excitation monte. Marcher me fait du bien. J’ai l’impression que bébé descend…. Est-ce que j’arrive enfin à faire le lien entre contractions et col… Je déroule mon petit « toboggan à bébé » comme dirait F (préparation à l’ouverture du col). Depuis 16 heures, j’ai quand même vraiment très mal.

18 heures. Je ne peux pas aller chercher B à la crèche. Je demande à C mon mari de le faire. Il se demande pourquoi… ;-)
Ils arrivent vers 18h15. Ils comprennent tout de suite. Mon grand : « F va venir faire sortir le bébé, tu as mal au ventre maman ? ». Mon mari veut appeler la SF. Je lui dis qu’on a le temps. J’ai envie de parler à mon grand, de le prévenir. Et oui, la baby-sitter étant absente aujourd’hui, il sera avec nous. Et dire qu’on n’était pas très pour avec C !!! Je lui dis donc je je souffle surtout pour appeler le bébé qui va sortir, que je dois crier fort pour aller le chercher loin dans mon ventre. Que F va venir m’aider mais que je n’aurais pas mal. Que le bébé va être tout petit est tout mouillé, et qu’il va pleurer parce qu’il sera content de voir son grand frère.
18h30, on appelle F. Je lui dis que je doute, de prendre son temps. Elle, elle me dit direct « je viens », mais je ne sais pas pourquoi, j’ai du mal à y croire. Je lui dis « tu ne me fais pas la gueule si c’est pour rien que tu te tapes deux heures de route ? », elle me répond « non, je te ferai un bisou ». Je suis rassurée, j’accepte qu’elle vienne. Je sais qu’au fond elle a dû m’entendre respirer et qu’elle en a conclu que c’était la bonne. Entre temps on fait venir le médecin revenu du foot. Il me propose de m’ausculter seule. Il sait lui aussi que c’est bon. Il me dit « c’est toi qui accouche ». Ahhh !!! Je sens la tête !!! elle est là au bout de mes doigts. Je ne sens plus mon col, il est effacé complètement, dingue !!! Je peux caresser la poche des eaux, elle est toute bombée… c’est pour cette nuit !!!
X rentre chez lui, il ne veut pas perturber la SF à son arrivée. B n’aura pas de baby-sitter, je demande donc à X s’il pourra gérer ça en cas de souci. Il est ok, ouf !!! Il rentre. Il nous appelle quelques minutes plus tard pour nous proposer d’héberger B pour la soirée. Je refuse. Finalement, c’est bien d’avoir son fils pas trop loin de soi. J’ai mal, j’ai besoin de mon cocon.
19h50, F arrive. Je me suis mise en pyjama pour être à l’aise, je me balade dans la salle à manger. Mon grand mange des pâtes avec mon mari dans la cuisine. Enfin, il est plutôt seul car mon mari fait le trajet entre lui et moi. F prend ses marques. Elle note des choses dans un carnet. C’est quoi ? C pense à des données techniques, moi à ses courses du lendemain !!! En fait, elle note des phrases, des mots, des paroles qui la touche, ou qui nous toucheront en le relisant. B est tout excité, il s’éclate la tête contre le mur, résultat, une grosse bosse et des pleurs. Moi, j’engloutis mes pâtes entre les contractions pendant que F dit à mon homme : »si elle vomit c’est pas grave c’est normal hein, ça ira ? », et moi qui pensait « c’est pas la première fois qu’il me voit vomir, on a été étudiants ensemble ». a la télé il va y avoir un match de foot. Non, la SF et mon mari adorent le foot, je ne veux pas accoucher seule !!!
Tout s’accélère. Je ne sais pas pourquoi, je ne sais plus comment, mais je me sens passer au cran supérieur. Je marche, je plonge à quatre pattes au sol, je porte B pour m’étirer les reins.
21h La SF me propose d’aller un peu dans la piscine pour m’ausculter… j’accepte, je veux savoir si ça agit. Et quelle bonne idée la piscine !!! Je suis à 5, la poche va bientôt lâcher elle est très bombée. Pour mon premier on m’avait dit ça, elle n’a jamais lâché… L’eau est bonne, la pièce est chaude et calme, ça me soulage et me transporte. On blague avec la F qui me dit que je suis belle et moi je me moque en disant « merci dior de me maquiller joliment tous les matins !!! ».
Au bout de quelques contractions elle éteint les lumières, allume les bougies, met de la musique. Tout le monde doit me laisser, je dois entrer dans ma bulle. Je partage mes craintes, je gémis pendant les contractions. J’ai peur. Moi la matheuse, la calculatrice, je devais lâcher prise. Elle me dit qu’on a le temps, que je dois me ressourcer, me « reposer ».
Pendant ce temps mon mari couche mon fils, enfin, essaye. F appelle son mari, j’entends la conversation « on a le temps, elle va accoucher vers 4-5 heures, je ne serai pas là avant demain ». Moi j’avais parié sur 2h, C sur minuit. Je me dis que 3-4 heures ce serait bien. Le petit est couché, mon mari entre et m’accompagne sur une contraction. Je gémis. J’entends au loin « Maman, keskis’passe ? », je dis à mon mari de le faire venir, qu’il doit savoir où je suis et ce que je fais. Il veut rentrer dans la piscine. Nous partageons le bain et les contractions. Il est heureux d’être près de moi. Il me regarde en souriant, d’un air rassurant. J’ai l’impression qu’il me dit « n’aie pas peur maman ».
21h23 « Fais-le sortir maintenant !!! », je ne veux plus gérer, ça y est, je rentre en moi. Je lui parle une dernière fois : « Je fais sortir le bébé pendant que tu te reposes dans ta chambre et ensuite on jouera tous ensemble demain dans la piscine ». Ok, il se couche. On appelle X : « B est couché, tout va bien, je gère ». F écrit sur son carnet : « Je crois que la présence de B est importante pour elle ». J’ai envie de sortir de l’eau, j’ai envie d’être assise, non, à quatre pattes. Je veux de vraies contractions, celles qui m’amèneront à bébé. L’eau ne fait plus effet. Je sors. Ca tire, ça pousse, je soupire. Ca fait trop mal !!! La poche coule un peu. Je créé de belle contractions avec l’aide de F. a chacune je dis « ah, celle-là était bien », ou « elle était nulle celle-là », comme on arbitre un match. Je suis à quatre pattes sur le tapis de sport. B est tout excité, trop, il tourne en rond. Mon mari et lui partent dans le salon regarder la télé. Avec la SF, je cherche les moyens de faire avancer les choses. La douleur est vraiment violente. Je pleure. J’ai envie de lâcher, de partir et d’être là en même temps, je ne sais plus. Je touche mon col… la tête est vraiment là, il reste un petit bourrelet devant, j’ai envie de l’arracher avec ma main, j’en ai marre.
22h J’ai peur !!! Ca pousse, ça fait mal en dehors des contractions. B ne veut pas rester seul dans le salon. Et moi je ne veux pas rester seule non plus. Je hurle pour appeler la SF (partie se mettre en blouse) et mon mari pour qu’ils viennent. « Ne me laissez pas seule !! », j’avais envie de crier « Ne me laissez pas mourir seule !!! ».
La SF essaye de me calmer, y a du boulot encore. J’ai l’impression d’être seule, qu’on nous laisse faire tout le boulot bébé et moi. Je commence à penser des trucs qui ne veulent plus rien dire. Elle me dit tu dois être à 6, il doit rester facile 5-6 heures de boulot. Je suis en colère, je lui dis « alors il doit y avoir un problème car je crois que ça pousse !! ». Du coup elle me fait un TV. Je suis à 8-9 !!! Elle hallucine, « j’ai bien bossé » !!! Je fonce toute nue dans le couloir en criant comme si j’avais gagné au loto : « les garçons, 8-9, 8-9 !!! ». Je ne vais pas jusqu’au salon mais je les entends parler. Je puise leur force. Je hurle sur mon mari : « Faut appeler X pour B, j’ai besoin de toi à côté de moi ». Il hésite, tourne et retourne. « appelle-le ». Il le fait.

Je retourne dans la piscine me calmer. La SF me dit qu’il faut pousser si ça pousse. Je ne veux pas !!! J’attends mon mari.
22h30 X arrive. Il me dit naïvement « ça va ? », « euh, à ton avis ? ». Parait que je me suis quand même recoiffée en le voyant… Mon côté femme fatale lol
Il va rejoindre mon grand et dit à mon mari de me rejoindre. Enfin, je suis ok pour pousser. J’ai peur. F s’éclipse et fais signe à mon mari d’aller chercher la « mallette à hémorragie ». Rassurant non ? Il s’exécute. Parait que c’est plus fréquent quand la mère panique. De retour, ça pousse, ça repousse, je mets la tête sous l’eau, je ne sais plus ce que je fais, je hurle de toutes mes forces. Ploc, la poche se rompt. Après cette contraction la SF me parle. Je dis oui mais je ne suis pas sûre de comprendre. « Pas de douleur mais impressionnant », « pousser jusqu’à la fin de la tête », « laisser s’ouvrir mon corps … Je ne sais plus trop. La prochaine contraction arrive déjà. Je répète que j’ai peur. La tête arrive, je pousse, pousse et repousse sur cette contraction longue et très efficace. Au milieu je me souviens vivre une pleine désespérance en me disant que si je mourrais c’était trop tard pour réagir, que j’étais à 45 minutes de la mater, alors j’ai hurlé « je vais pas y arriver ». Mes deux « collaborateurs me disent « mais si ». Dans ma tête j’en suis convaincue, mais je n’arrive plus à contrôler mon corps. Je suis « allongée » sur le côté, flottant dans l’eau, et je sens la tête passer entre mes jambes… C’est incroyable. Pour mon premier j’avais eu la même douleur, le même sentiment de brulure et d’écartèlement. Mais là c’était moi qui le provoquait, moi qui faisait naître mon bébé…
Sa tête est sortie. La contraction passe. La SF me dit « mais pousse !! », je lui dis, « ça pousse pas », et elle me dit « on s’en fout ». En fait je saurais plus tard que comme on n’avait pas prévu un accouchement dans l’eau, elle avait hâte qu’on en finisse !!! Moi je passe mes mains entre mes jambes, je caresse son visage, je puise ma force par sa présence entre mes jambes. Derrière ce moment de calme et de paix pour nous deux, j’entends au loin les rires de mon fils et du médecin, qui devaient se chatouiller et jouer sur le lit. J’ai toute la force en moins pour finir le travail. Je hurle encore de toutes mes tripes, je veux que tu sois dans mes bras. Les épaules passent et hop, tu sors dans l’eau comme une savonnette qui glisserait de mes mains. La SF ouf a pensé à t’attraper, tu es dans mes bras, je suis bien. J’appelle les garçons dans le salon, mon mari embrasse F elle nous a fait naître. Mon grand rentre dans la piscine, il découvre son frère avec une certaine admiration (euh oui entre temps j’avais regardé c’est bien un garçon !!!). Il n’a pas eu peur de mes cris, il est juste heureux de profiter avec nous de ce moment incroyable. On regarde l’heure, 22h50 !!! Nous restons bien 20 minutes comme ça. Je sors pour la délivrance. Je suis couchée sur le tapis, dans la pénombre. Je discute avec le médecin pendant que la SF m’ausculte. Je vois au plafond le reflet de l’eau avec la lumière de la lune qui éclaire la piscine, j’ai l’impression d’être encore dans l’eau, cette eau qui m’a fait gagner des compétitions étant petite, qui m’a permis d’être la sportive que je suis, et qui aujourd’hui m’a permis de donner la vie. Le petit est au sein, il tète comme un chef, et mon grand lui caresse la tête. Ensuite mon mari et mon fils sortent.
J’ai deux éraillures et une petite déchirure, celle de mon grand mal recousue qui s’est agrandie. X et F me suturent ensemble, moi je regarde avec le miroir dont je voulais me servir pour l’accouchement. On est tous dans cette pièce chaleureuse, c’est magique. Je recommence quand vous voulez !!! On reste ensemble jusqu’à trois heures du matin dans cette bulle de vie, dans cette ambiance magique et indescriptible. La SF rentre, le doc aussi. Je suis chez moi, dans mon lit avec mon mari, mon grand fils et mon bébé de 4 heures. Nous sommes une nouvelle famille